Numérique : la reconquête est possible !

 

Si la création de richesse et d’emplois est au cœur de toutes les politiques visant au développement des industries numériques, notre souveraineté est jusqu’à présent restée au second plan, considérant que l’atteinte des deux premiers objectifs méritait de sacrifier cette dernière. Un sacrifice que la crise Covid-19 a rendu presque légitime au regard de la dimension inédite de cette dernière et des défis tant sanitaires qu’économiques, auxquels les pays du monde entier doivent faire face.

Plus qu’un nouveau secteur de l’économie le numérique s’impose dorénavant comme une part exponentiellement croissante de la valeur créée par tous les secteurs de l’économie. Dans cette formidable transformation, force est de constater que ni la France, ni l’Union Européenne n’ont eu de véritable stratégie industrielle, se contentant d’encourager le développement de services en périphérie des grands écosystèmes numériques, « GAFAM » et autres « NATU » américains ou encore « BATX » chinois. Une démarche pas vraiment choisie mais subie du fait de nos difficultés à déployer des innovations de rupture à l’échelle mondiale. Le résultat de ce suivisme est que nous sommes désormais dépendants de grands et puissants acteurs étrangers, à la merci de leurs revirements politiques, technologiques ou stratégiques.

Là aussi, la crise Covid-19 a été le révélateur de cet abandon de souveraineté.

Tout est-il pour autant définitivement perdu ? Pas si sûr et voici pourquoi :

  • Parce que l’Europe représente un marché de consommation intérieure suffisamment important pour que des opportunités puissent s’y développer localement avant de s’exporter mondialement.

  • Parce que nous avons des talents : nos écoles de mathématiques et instituts technologiques sont de classe mondiale, notre système éducatif et notre culture favorisent la créativité des cerveaux, d’ailleurs achetés à prix d’or par les champions internationaux,

  • Parce que la vision européenne de la protection des données personnelles et industrielles apparaît, bien au-delà des frontières de l’Union, comme centrale pour la reconquête de la confiance des utilisateurs de ces technologies,

  • Aussi et peut-être surtout parce que tout Achille (ou tout Goliath) a son talon ou son point faible. Ceux des géants du numérique sont connus et tiennent, du fait de leur gigantisme, à leur incapacité à « s’auto-disrupter », c’est-à-dire de remettre en cause leurs modèles économiques « hyperdépendants » aux données personnelles. En effet, avec l’accumulation de scandales technologiques et politiques, ces modèles économiques qui ont fait la puissance et la richesse de ces acteurs technologiques deviennent autant de risques majeurs. Ainsi, la montée en puissance d’une crise de confiance « systémique » et la nécessité de nouvelles formes de régulations de ces acteurs technologiques rendent ces modèles économiques beaucoup plus incertains. Ce qui constitue aussi pour les acteurs européens une opportunité de développer une « 3e voie » pour des technologies plus protectrices des données personnelles et des libertés des citoyens.

C’est sur la base de ce constat et pour débattre non du « pourquoi » mais bien du « comment » reconquérir notre souveraineté numérique, que nous avons choisi d’orienter les travaux de ces 5e Assises de la Souveraineté numérique. Cette année encore ces assises réuniront les meilleurs experts, les élus chargés des réformes, des représentants des pouvoirs publics et des acteurs du monde économique.

Didier RENARD

Président de l’Institut de la Souveraineté Numérique

Jacques MARCEAU

Président d’Aromates